J'ai passé beaucoup de temps à évaluer le statut d'auto-entrepreneur, et les autres options (TNS, régime micro, EURL, SARL) par la même occasion... Je partage cette expérience ici.
Cela fait 1 an, au mois de janvier 2009, que le dispositif d'Auto-Entrepreneur était officiellement disponible.
L'occasion de faire un bilan sur ce régime assez spécial, sur sa mise en route et son usage au quotidien.
Je vais autant m'inspirer de mon expérience personnelle que des résultats du premier Baromètre Ciel de l’auto-entrepreneur, basé sur une étude réalisée mi-septembre 2009 auprès de 817 autoentrepreneurs ayant téléchargé le logiciel "Ciel Auto-entrepreneur Facile".
Je passe sur les lenteurs de mise en route: éligibilité réduite au 1er janvier, qui s'est toutefois largement étoffée, pour inclure quasiment toutes les professions libérales. Il aura toutefois fallu attendre le mois d'avril pour les les chomeurs qui souhaitaient créer leur emploi puisse tirer avantage du régime Auto-Entrepreneur sans être pénalisé par l'octroi de l'ACCRE.
Pour autant, il ne faudrait pas ignorer le succès du dispositif, qui a semble-t-il supris le gouvernement: plus de 43000 inscrits au 31/01/2009, plus de 120'000 inscrits au 31/03/2009. Conséquence de ce succès: des services (URSSAF) débordés, et des entrepreneurs en devenir frustrés de ne pas avoir de réponse à leurs questions. La plupart du temps, des sites ou des blogs comme celui-ci proposaient une information plus claire et plus fiable que les sites officiels.
Dans mon entourage, les avis après un an sont globalement positifs: l'un envisage de créer une structure plus formelle car son carnet de commande pour 2010 excède le plafond de 32000€ (au passage, le régime micro n'est pas forcément la meilleur alternative). Un autre est allé à son rythme, migrant du statut de salarié de TPE (en voie de licenciement pour cause de crise) en indépendant, même si son ancien employeur représente l'essentiel de son activité.
certaines professions, des artisans notamment, ont tiré la sonnette d'alarme, de crainte de voir des "indépendants" leur prendre leur activité. D'autres ont dénoncés des possibles abus d'employeurs qui forceraient leur salariés à devenir auto-entrepreneurs pour s'en débarrasser. Même si je comprend les craintes, je suis moins inquiet: certes, des auto-entrepreneurs vont "attaquer" le marché de certains artisans (tout comme certains artisans profitent de leurs clients en les surfacturant...), et même casser le marché dans un premier temps, en proposant des tarifs trop bas.
Oui, trop bas, même pour eux: il est difficile pour un nouvel entrepreneur, et à plus forte raison un nouvel entrepreneur sans accompagnement, de fixer correctement ses prix: comment intégrer le temps passé à démarcher, faire des devis, se déplacer... A mon sens, l'année 2009 sera exceptionnelle, celle d'une mise sur le marché d'un grand nombre de nouveaux entrepreneurs. Ensuite, les choses se stabiliseront: il y a toujours eu des jeunes entreprises qui sont arrivées sur le marché avec des prix trop bas; et il y en aura toujours. Celles qui survivront seront celles qui sauront rectifier le tire à temps.
En ce qui concerne les "abus des employeurs", je n'en ai vu aucun dans mon entourage, et je doute que ce soit une règle systématique. Là encore, je pense que les choses vont se réguler d'elles-même: soit l'employeur est malhonnete (force son salarié à devenir AE), et cela se reglera au Prud'Hom, soit c'est d'un commun accord. Et les employeurs ne sont pas idiots: en laissant leur salarié se transformer en AE, certes, ils variabilisent totalement leurs charges, mais prennent un risque plus grand de perdre une ressource formée au poste de travail: qui dit travailleur indépendant dit... liberté de travailler pour d'autres clients.
Mais revenons aux chiffres du premier Baromètre Ciel de l’auto-entrepreneur. Je vais même reprendre leurs conclusions (avec leur autorisation):
A peine la moitié des auto-entrepreneurs (47%) travaillent à temps plein. Deux types de profil peuvent expliquer ce chiffre. 1ème profil : ceux qui n’ont pas de réelle volonté à se lancer pleinement et voit dans ce régime une source de revenu complémentaire.
En conclusion, je dirais que le statut d'Auto-Entrepreneur a globalement tenu ses promesses: il permet de tester une idée, une activité sans prendre de gros risques; il permet de démarrer en douceur sans subir des appels de cotisation forfaitaires et inattendus. Pour autant, se déclarer auto-entrepreneur, c'est devenir entrepreneur, et cela ne s'improvise pas: certains l'on déjà appris à leurs dépend.
Quant à l'avenir du régime d'Auto-Entrepreneur, je suis plus inquiet: il n'a de sens que s'il reste simple. Et les rumeurs d'un rattachement systématique des AE exerceant une activité d'artisan à la chambre des métiers ne va pas dans ce sens. Mais j'aurais l'occasion d'en remparler, si je retrouve le texte de loi (si vous l'avez... je suis interessé).